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Quelques questions reviennent régulièrement dans le débat sur le commerce international :
Comment « lutter » contre les salaires dérisoires des travailleurs chinois ?
L’euro fort est-il un handicap pour nos exportations ?
Que faire pour améliorer la « compétitivité » de la France et sauvegarder notre niveau de vie ?
Pourtant, les libéraux considèrent depuis longtemps que le commerce international est une bonne chose. Il permet à la fois d’enrichir nos cultures et notre portefeuille, en échangeant avec d’autres pays.
Pour s’en convaincre, voici une discussion très simple d’échanges entre la Chine et les Etats-Unis. Il est fortement recommandé de refaire les calculs – qui sont d’une simplicité extrême – pour mieux comprendre les mécanismes.
Sortez vos calculettes !
On considère que la Chine et les Etats-Unis ne produisent que trois produits :
Chemises
Hamburgers
Puces électroniques
Ils utilisent pour cela un unique facteur de production :
Travail
Chaque pays a sa devise :
Dollar
Yuan
La productivité est le nombre d’unités produites par heure de travail :
US Chine
Chemises 2 1
Hamburgers 5 1
Puces 10 1
On part d’une situation très simple avec uniquement deux produits sur trois, sans monnaie, et on rajoute progressivement les autres « ingrédients ».
Un seul produit : des hamburgers
Un Américain produit 5 hamburgers par heure, contre 1 par heure pour un Chinois, c'est la productivité. Le salaire réel est donc équivalent à 5 hamburgers par heure aux US et 1 hamburger par heure en Chine. Puisqu’il n’y a qu’un seul produit, aucun échange n’est possible : quel serait l’intérêt d’échanger un hamburger contre un hamburger ? Notons que si la productivité des Chinois augmente, leur revenu réel augmente, cela n'a pas d'impact pour les Américains, et vice-versa.
Echange de deux produits : puces contre hamburgers et hamburger contre chemises
La productivité d'un Américain est meilleure que celle d'un Chinois dans tous les domaines. Donc le salaire réel d'un Chinois est plus faible dans tous les secteurs. Comment les US pourraient-ils exporter dans ces conditions ?
Pourtant, un businessman américain a l'idée d'exporter des puces pour importer des hamburgers. Pour le coût de deux puces – mesuré en heures de travail – un Américain produit un hamburger. Pour un Chinois ce ratio est de une puce pour un hamburger. Connaissant les coûts de production des Chinois, le businessman tente d'échanger 10 puces contre 10 hamburgers. Mais le businessman chinois ne gagnant rien dans l’opération, l'échange ne se fait pas. De même, le Chinois voudrait 20 puces contre 10 hamburgers, mais cette fois c'est l'Américain qui ne gagne rien et refuse.
Entre ces deux positions extrêmes, toutes les configurations permettent aux deux businessmen d’être gagnants. Finalement, ils se mettent d'accord sur 15 puces contre 20 hamburgers. Récapitulons :
L'Américain donne 20 puces soit 2 heures de travail, et reçoit 15 hamburgers soit 3 heures de travail, il est gagnant
Le Chinois donne 15 hamburgers soit 15 heures de travail, et reçoit 20 puces soit 20 heures de travail, il est gagnant
La production américaine de puces suffit pour satisfaire les besoins des deux pays. La Chine arrêt de produire des puces, et produit à la place des hamburgers qu'elle échange contre des puces.
Mais il y a un troisième produit : les chemises. Par le même raisonnement que précédemment, les deux businessmen se mettent d'accord pour échanger 5 hamburgers américains contre 4 chemises chinoises. Récapitulons :
L'Américain donne 5 hamburgers soit 1 heure de travail, et reçoit 4 chemises soit 2 heures de travail, il est gagnant
Le Chinois donne 4 chemises soit 4 heures de travail, et reçoit 5 hamburgers soit 5 heures de travail, il est gagnant
Suite à cet échange, la production chinoise de chemises suffit pour les besoins des deux pays.
L’échange complet des trois produits : chemises, hamburgers et puces
A présent, toute la production de puces est faite aux US, et toute la production de chemises en Chine. Qu'en est-il des hamburgers ?
Dans les modèles à deux produits, certains hamburgers sont produits aux US pour être échangés contre des chemises chinoises. D'autres hamburgers sont produits en Chine pour être échangés contre des puces américaines. Dans le modèle à trois produits, les deux se compensent partiellement. Supposons que finalement les besoins de chemises aux US soient tels que les Américains doivent rester exportateurs nets de hamburgers afin de satisfaire leurs besoins en chemises. Ainsi, une partie de la production de hamburgers aux US est consommée localement, et une partie est exportée contre des chemises. En Chine, une partie de la consommation intérieure de hamburgers est produite localement, et une partie importée des US.
On arrive finalement à une situation où la production mondiale de puces se fait uniquement aux US, et la production de chemises uniquement en Chine, tandis que la production de hamburger est répartie entre les deux pays. Les Chinois ont augmenté leur consommation de puces, et les Américains ont augmenté leur consommation de chemises. Tout le monde est gagnant.
Prise en compte des deux devises : dollar et yuan
La première chose qui change quand on prend en compte la monnaie est que… rien ne change ! La monnaie n’est qu’un moyen d’échange. L’existence d’une monnaie nationale facilite les transactions, mais ne modifie pas la productivité ni les besoins des consommateurs. De la même façon, l’existence du dollar et du yuan et d’un marché international des changes ne modifie pas les conditions d’échange pour les businessmen américain et chinois. Pour qu’ils acceptent d’échanger des hamburgers contre des puces ou des chemises, il faut toujours que le ratio soit dans une fourchette où les deux sont gagnants. Cette fourchette est déterminée par la productivité dans les deux pays, et non par le taux de change entre le dollar et le yuan. On va voir au contraire que c’est le rapport des productivités qui détermine le taux de change.
Pour simplifier les calculs, supposons que les salaires sont les suivants :
US $1 par heure
Chine Y1 par heure
Puisque les hamburgers sont le seul bien produit dans les deux pays, on peut comparer son prix dans les deux monnaies. Aux US, le coût de production d’un hamburger est de 1/5ème d’heure de travail, soit $0,20. En Chine, il est de 1 heure de travail, soit Y1. Le taux de change entre les deux monnaies s’établit donc à Y5 pour $1. Le taux de change ne peut pas s’écarter durablement de ce prix de marché. On peut alors comparer le prix des produits dans une même monnaie :
US Chine
Chemises Y1 (soit $0,20 contre $0,50 pour la production locale)
Hamburgers $0,20 Y1
Puces $0,05 (soit Y0,25 contre Y1 pour la production locale)
Dans notre modèle, le taux de change dollar / yuan dépend de la valeur locale de chaque monnaie et de la productivité relative dans les deux pays. La valeur locale de la monnaie chinoise est dépend de l’offre et de la demande de yuan relativement à l’offre et à la demande des autres biens. En faisant l’hypothèse que le salaire en Chine est de Y1 par heure, on a implicitement affirmé que l’offre et la demande de yuan et de travail en Chine aboutissent à ce ratio entre deux biens : la monnaie et le travail. Le même raisonnement s’applique au salaire américain de $1 par heure. Ensuite, on voit que le taux de change entre les deux monnaies est déterminé par la productivité relative des salariés chinois et américains. De la productivité dépend en effet le nombre d’heures de travail qu’un Chinois est prêt à échanger contre une heure de travail d’un Américain, et donc le nombre de yuan que l’on peut échanger contre un dollar. En première approximation, il semble donc que la monnaie n’est pas indispensable pour comprendre le commerce international. Au placard les partisans de la « dévaluation compétitive de l’euro » !
Vive l’échange, non au protectionnisme !
On n’a peut être pas assez souligné que, dans les échanges décrits plus hauts, les businessmen sont tous les deux gagnants. On dit businessmen par simplicité, mais en fait cette remarque vaut pour tous les acteurs économiques, du producteur au consommateur, le businessman n’étant qu’un maillon parmi d’autres.
Il n’y a pas un acteur qui fait un bénéfice au détriment de l’autre. Le commerce international est un jeu à somme strictement positive, pas un jeu à somme nulle. La raison est qu’un échange ne se produit que si les deux parties ont le sentiment d’y trouver leur avantage. Le fait que l’échange soit local ou international ne fait aucune différence.
Puisque le commerce international est bénéfique, tout comme le commerce local, pourquoi y a-t-il tant de voix pour réclamer des « protections » douanières, des taxes, des quotas, etc ? Reprenons l’échange hamburgers contre chemises ci-dessus. Imaginons que le businessman chinois passe l’annonce suivante dans un journal local : « J’ai inventé un procédé industriel qui permet de transformer 4 chemises en 5 hamburgers de qualité, et ceci pour un coût négligeable ». Rapidement, les gens cessent de produire des hamburgers à raison de 1 hamburger par heure et se mettent à produire des chemises qu’ils échangent contre des hamburgers. Ils obtiennent par ce procédé 1,2 hamburger par heure. De la même façon, le businessman américain annonce qu’il a révolutionné la production de chemises. Les deux businessmen passent pour des héros, jusqu’au jour où l’on découvre le pot-aux-roses : ils faisaient en réalité du commerce international ! Dès lors, on les accuse de mettre les producteurs de hamburgers chinois et les producteurs de chemises américains au chômage, et ils tombent en disgrâce. Les gouvernements américain et chinois s’empressent de mettre en place les mesures de « protection » nécessaires. C’en est fini des gains de l’échange international…
L’idée de cette parabole est de montrer qu’en réalité l’effet du commerce international est comparable à celui d’une innovation technique. Certaines techniques de production finissent par tomber en désuétude, et les salariés correspondant doivent changer de métier. Mais personne n’oserait proposer d’interdire les innovations techniques. Cela serait absurde et réduirait notre niveau de vie. De même, limiter le commerce international a des effets négatifs, et ce pour les deux pays concernés. Lorsqu’une industrie locale périclite, tout le monde est généralement d’accord pour dire qu’il vaut mieux aider les salariés à trouver un emploi dans un secteur porteur plutôt que tenter de sauvegarder une industrie obsolète et dépassée à l’aide de subventions. Pourtant, en ce qui concerne le commerce international, le protectionnisme reste encore très populaire. Une explication probable est que le commerce international est souvent mal compris, la méfiance vis-à-vis des étrangers est malheureusement très répandue, et accuser les étrangers de nos problèmes est un argument commode dont les politiques ont toujours usé et abusé.
Conclusion
Comme on l’a vu, le commerce international n’est pas responsable de nos difficultés économiques. Il nous permet d’améliorer notre niveau ainsi que celui des pays avec lesquels nous avons des échanges commerciaux. Le protectionnisme, les droits de douane, les quotas d’importation, etc. ne nous apportent que des invonvénients. Il doivent être supprimés.
La « concurrence » des travailleurs chinois est une idée fausse. Les échanges avec la Chine ne diminue pas le niveau de vie des Français, ils l’augmentent parce que l’échange est gagnant ! Mais si nous voulons augmenter encore plus notre niveau de vie, cela dépend surtout de nous, de notre productivité, c’est-à-dire de la quantité de biens que nous produisons par unité de temps et que nous pouvons échanger contre les biens de consommations dont nous avons besoin. Un employé qui travaille dans un secteur très productif aura un salaire réel et donc un niveau de vie élevé.
Il ne faut pas confondre cette règle avec un slogan du type « travailler plus pour gagner plus » qui néglige justement ce facteur essentiel pour notre niveau de vie qu’est la productivité. Travailler plus pour gagner plus, tout le monde peut le faire. Mais améliorer la productivité et gagner plus en travaillant moins, c’est beaucoup mieux, et c’est ce que permet une économie libérale.